Ce matin en me levant, jai senti une forte odeur de soufre dans ma cabine. J'ai insisté un peu toute la matinée en disant que ça n'était pas normal et qu'il y avait un problème (j'étais plus ou moins le seul à le sentir - ou en tout cas à le sentir aussi fort), et à midi on a fini par remarquer qu'une des batteries de servitude était bouillante et fuyait. Le coffre où sont placées les batteries communique avec ma cabine par une petite ouverture de ventilation. Bref, on a isolé la batterie, on passe maintenant de 450A à 300A. Ca charge plus vite, mais forcément ça décharge plus vite aussi. Je me demande comment j'ai pu ne pas penser tout de suite aux batteries en sentant l'odeur, et surtout comment j'ai pu confondre une odeur d'acide avec celle du soufre. Enfin bref.

En fin de journée, on a eu une belle frayeur : en voulant démarrer le moteur, tout a sauté. Plus d'électricité, les batteries semblaient à plat, plus moyen de démarrer. Je nous voyais déjà évaluer notre route avec les étoiles et le sextan en plastique. Paye ta galère ! Jacques a bien flippé. Finalement ce n'était qu'un faux contact. Ouf.

Jacques est quand même inquiet, je le sens bien. Yves a l'air de prendre ça bien, Yannick aussi. Moi je m'en fous un peu, ça m'aurait fait rigoler qu'on en bave un peu, on aurait eu quelque chose à raconter à notre arrivée, mais bon, je comprends l'inquiétude de Jaques ; c'est son bateau, il se sent responsable de nous et de ce qui peut arriver. Normal. De mon côté, je rêve de gros temps, de grosse houle et de conditions difficiles. C'est à ça que je m'attendais et c'est ça que j'espérais en embarquant. Pour l'instant, c'est plutôt (très) calme.

On a une houle croisée de Sud et de Nord-Est, c'est assez pénible. Malgré les voiles, le bateau est balloté. Un avion passe dans le ciel. Il fait exactement la même route que nous, les passagers seront en Europe dans la nuit. Encore au moins 25 jours pour nous...

Je file essayer de dormir avant mon quart de nuit.