Jacques, de nature (très) prudente a tendance à pas mal s'inquiéter du moindre problème. Yannick signale que la ligne est prise dans l'hélice, et Jacques sort de sa cabine où il dormait ; "merde, merde, merde !" et Yannick ne trouve rien de mieux à dire que "mettre cette ligne c'était de la connerie".

Nom d'un chien, je n'accepte pas cette réflexion !

Au moment où j'ai mis cette ligne à l'eau (oui, c'est moi qui ai mis cette ligne à l'eau !), les conditions étaient tranquilles, le bateau avançait à 4 noeuds, une vingtaine de noeuds apparent au près serré. Pas de risque de virement de bord intempestif, ça faisait une heure que je barrais à la main au 130° sans souci. On était bien réglés. c'est pendant le quart de Yannick que les conditions se sont un peu musclées. Ce n'était donc pas "une connerie" de mettre cette ligne à l'eau.

Quand un problème de ce genre survient, on le règle, on se soutient. On s'occupe de savoir qui est responsable de la situation une fois le problème réglé. A plus de 50 ans, Yannick devrait le savoir. Il a fait suffisamment de voile pour avoir l'expérience de ce genre de problème. Sa réflexion est inutile et inopportune, elle ne peut que pourrir l'ambiance à bord.

J'ai l'impression que Yannick a dit cela pour se décharger de sa culpabilité. Il savait que la ligne était en place, il était en mesure de calculer le risque qu'il prenait en jouant à trop serrer le vent. Il a fait suffisamment de virements de bord involontaires durant les 24 heures précédentes pour savoir ce qu'il risquait. D'autant plus que le malheureux degré de cap gagné à serrer le vent au plus près est perdu à chacune de ces manoeuvres involontaires (et je sais qu'il y en a eu quelques-unes, le changement d'amure me réveille à chaque fois ; on se fait balloter dans tous les sens sur sa couchette, les bouts et les voiles claquent, il n'y a rien de moins discret).

Bref, à mon avis la connerie c'est donc :
  • de ne pas avoir demandé de lever la ligne s'il jugeait que c'était nécessaire au vu de l'évolution des conditions,
  • d'essayer de grignoter des degrés lorsque ce n'est pas possible et
  • d'essayer de rejeter la faute sur un coéquipier (moi en l'occurrence).
Bon, Jacques s'est collé à l'eau en combi de plongée avec mon super couteau Cressi-Sub (modèle Norge s'il vous plaît m'sieurs-dames !). Tout a été réglé en moins de 10mn, ½ heure plus tard nous étions repartis. Jacques a quand même un peu galéré, il y avait du clapot et de la houle, il avait l'air de flipper de se retrouver en plein océan à la dérive. Normal. D'un autre côté j'aurai bien voulu aller bricoler sous la coque au milieu de l'eau, mais bon, je ne suis pas le capitaine, et vu comme Yannick avait présenté la situation, je n'allais pas en plus dicter qui fait quoi.

Désolé, il n'y aura pas de photos de l'affaire, je crois que tout le monde aurait tiré la gueule si je m'étais en plus pointé avec mon appareil photo tout sourire pour prendre Jacques se débattant avec un fil et une hélice au milieu de l'Atlantique. Déjà la fois où les dauphins sont venus alors qu'on changeait le bout d'enrouleur de grand-voile je crois que c'était limite. Bon enfin bref, je couche tout sur ce carnet mais je n'ai rien dit à personne, il est inutile de faire éclater une dispute. J'enterre l'affaire et j'oublie.

La météo marine annonce force 4-5 de Sud virant S-O, c'est bon pour nous...