J'ai récupéré la bouteille de gaz non remplie chez le shipchandler : on part demain et la bouteille n'aurait pas été remplie avant lundi. Yves a trouvé un autre mec qui l'a remplie cet après-midi. Je ne sais pas trop où Yves a dégoté son plan, mais il devait être bien motivé. Je l'imagine assez mal passer une semaine en mer sans gaz pour cuisiner. Du coup, on aura bien assez de gaz (et Yves va pouvoir cuisiner sans avoir à économiser la bouteille, chouette !).

Je suis également allé faire un tour chez Peter. Il a monté une boutique de souvenir juste à côté de son bar où il vend tout un tas de bricoles plus ou moins typiques des Açores : dents de cachalot sculptées, etc. J'ai acheté deux tee-shirts avec le logo de son bar pour pouvoir flamber dans les bistrots de la côte bretonne. Ensuie retour chez le shipchandler pour acheter de la peinture et un pinceau.

On ne peut pas quitter Horta sans laisser notre griffe sur le quai, ça porte malheur. Comme dit le capitaine, "Je ne suis pas superstitieux, mais on va le faire, on ne sait jamais". La tradition veut que tous les voiliers de passage laissent une marque sur les quais. Cela fait des années que ça dure, c'est assez marrant, on voit que certains voiliers font le trajet tous les ans (ils ajoutent une année à leur peinture à chacun de leur passage).

J'ai donc passé une bonne partie de l'après-midi à peindre Pégase sur un quai. Jacques avait un dessin assez marrant que j'ai copié. J'ai juste ajouté le mois et l'année de notre passage (et encore, je me suis planté, j'ai mis mai au lieu de juin), le nom du voilier et son port d'attache. Jacques et Yannick se sont occupés de la finition.

Certains collent au sol avec de la résine un tee-shirt sur lequel est imprimé le nom de leur bateau, c'est pas mal et ça tient bien (et c'est vite fait). Je ne suis pas sûr que ce soit valide contre le mauvais sort par contre...

Nos voisins de ponton (les Français d'Arabel si je me souviens bien du nom du voilier) sont partis pendant que je peignais. Ils nous ont laissé un pain qu'ils ont fait et la recette. Leur pain est vraiment excellent, je pense qu'Yves va tenter ça pendant la fin de la traversée.

Jacques et moi avons à nouveau fait des courses au supermarché, on en a également profité pour acheter un rapala de plus au passage. De retour au bateau, je vais faire une balade sur le Monte da Guia, un Gibraltar miniature à l'extrémité du port. La vue est jolie, c'est plein de petites fleurs, le ciel est toujours aussi couvert.

De retour au port, je fignole ma peinture (notre oeuvre se trouve ), et on prend l'apéro avec les propriétaires de Vagalou, un First 43.5. On les avait rencontrés à Jolly Harbour à Antigua. Ils font le tour de l'Atlantique avec l'ARC. C'est un couple de kinés qui voyagent avec leur trois enfants, et leur chien. Trip en famille plutôt sympa !

Après cet apéro, on expédie le dîner et on file chez Peter. L'ambiance est sympa, peu-être un peu plus calme que les fois précédentes. J'ai discuté avec des Américains qui sont arrivés de Floride via les Bahamas et les Bermudes :

"Et sinon, vous avez mis beaucoup de temps pour la traversée ?
- oah, une dizaine de jours..."
petite pause d'incompréhension de ma part, puis :
"10 jours ? C'est dingue, vous avez quoi comme bateau ?
- oah, un 116 pieds" me répond-on.
Je fais rapidement le calcul, ça fait 35 mètres, c'est beaucoup mais ça n'explique pas tout. En fait, ça n'explique rien.
"La vache, impressionnant. Mais quel type de voilier est-ce ?
- oah, en fait c'est un yacht à moteur tu vois..."
Gros malin.

J'ai aussi discuté avec un Anglais qui est arrivé en cata (maran, pas catastrophe). Il m'a raconté qu'il a fait le plein de gasoil au beau milieu de l'Atlantique : il s'est trouvé dans une zone de pétole pendant quelques jours, et a fini par être à sec de carburant. Il a croisé un porte-conteneur qui faisait route inverse, et lui a demandé s'il n'avait pas un peu de gasoil à lui donner. Le capitaine du porte-conteneur lui dit que non, et que son porte-conteneur marche au crude oil (je n'y connais rien en porte-conteneur, mais je n'aurais jamais imaginé que les moteurs de ces monstres puissent tourner au pétrole brut...).

Bref, pas de bol, jusqu'à ce que le second du capitaine lui signale par VHF que les radeaux de secours sont pleins à craquer de diesel. Ni une, ni deux, ils stoppent, le catamaran se met à couple du porte-conteneur et c'est un va-et-vient de jerrycans de l'un à l'autre au bout d'une aussière. 200 litres pour le prix d'une bouteille de whisky, plutôt honnête...

Allez, encore une histoire : des français ont mis 28 jours pour venir depuis la Guadeloupe en pensant que la ligne droite était le plus court chemin. Résultat, pétole molle sur une bonne partie du trajet. Ils n'ont pêché qu'une dorade coryphène de 30cm, et ils ont réussi à casser leur bôme dans les derniers jours ! Encore plus fort, ils n'avaient plus d'eau à l'arrivée et leur dessalinisateur était en panne.

Bon, après toutes ces histoires et quelques verres dans le nez, je file me coucher...