Le capitaine est sorti de sa couchette en catastrophe et en slip pour la manoeuvre. Le cargo nous fonçait dessus par l'arrière. Yves et Yannick étaient de quart. Quand le cargo s'est approché à distance déraisonnable, ils ont commencé à gueuler un peu à la VHF, ils ont viré de bord, le cargo a changé son cap de quelques degrés et a pas mal accéléré semble-t-il. Le temps que je sorte de mon coma, il était loin.

Chaque nuit, le vent tourne un peu au Sud, nous permettant presque de faire route plein Est. Ce matin-là, il est resté Sud et nous avons pu continuer au 71° pour faire route directe vers les Açores. On avançait bien, entre 5,5 et 7 noeuds. Au portant, le bateau ne tape pas, comme au près et gîte moins, c'est beaucoup plus confortable. Quand ça tape, Yves décolle littéralement de sa couchette dans la cabine avant.

Rien de bien notable pendant la journée. Temps couvert. Mon frère a appelé, il est rentré de sa semaine à Safaga ; ça me donne l'impression de ne pas avoir avancé dans cette étendue d'eau.

La nuit dernière, Jacques a pris un poisson volant en plein visage pendant notre quart. Je devais roupiller. Je n'arrive pas à dormir en dehors des quarts, c'est pénible.

Il fait assez froid la nuit. Depuis deux nuits, l'air est humide, j'ai mis des bottes la nuit dernière. De toute façon, à partir du moment où je reste assis dans le cockpit à ne rien faire, je caille. Ce n'est pas nouveau, mais c'est vraiment difficile par moments. Je suis complètement congelé alors que la température ne doit pas descendre beaucoup plus bas que 15°C.

Aujourd'hui, pas un souffle. La mer est calme. On a tourné au moteur la plupart du temps. Vers midi j'ai aperçu une cagette sur l'eau, avec des trucs qui bougeaient à l'intérieur. Curieux. Du coup (comme j'étais de quart), on s'est détournées pour aller voir de quoi il retournait : c'était un groupe de balistes qui se prélassaient sur le flanc, au soleil. On a attrapé la cagette avec une gaffe et on a réussi à pêcher quelques balistes.

On laissait la cagette traîner derrière le bateau, tout le groupe de poissons suivait et ces imbéciles rentraient dans la cagette. Il y en avait de toutes tailles jusqu'à 35cm de long. On n'a pas réussi à attraper le gros, il était plus méfiant. Bon au bout d'un moment on s'est lassés mais on a bien rigolé. On leur a laissé leur cagette.

Un peu plus tard, Yves a repéré une grosse bouée blanche à une centaine de mètres. J'ai pris la barre et on s'est dirigés dessus. Il y avait une dizaine de mètres d'aussière au bout et l'inscription "Sou' West Venture 29" dessus, et un tas de pousse-pieds partout avec des petits crabes. Marrant. On a gardé la bouée, ça nous fera un bon pare-battage.

Ah, hier, le bout de l'éolienne s'est pris dans les pales et a explosé le carter. On a réparé ça avec du scotch pour éviter que l'eau vienne fusiller le mécanisme.

Depuis trois jours, on ne voit plus ces oiseaux qui nous suivaient de temps en temps, par contre on voit toujours les autres, souvent par groupes jusqu'à 6 ou 7, qui rasent la crête des vagues. Ils se dirigent toujours vers le nord. La nuit, on voit du plancton phosphorescent dans le sillage du bateau.

Ce soir, il n'y a pas trop de nuages à l'horizon, on va peut-être finir par l'apercevoir ce foutu rayon vert !